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Salvador : l'échec du bitcoin monnaie légale, de la loi de 2021 au programme du FMI

L’adoption par le Salvador du bitcoin comme monnaie officielle tourne à la catastrophe économique

Le Salvador a fait du bitcoin une monnaie légale en septembre 2021, à côté du dollar américain. L'échec se lit dans les textes : pour obtenir un prêt du Fonds monétaire international, le pays a rendu l'acceptation du bitcoin facultative pour les commerçants et réservé le paiement des impôts au seul dollar.

Ce que prévoyait la loi bitcoin du Salvador

La loi bitcoin du Salvador, votée à une large majorité par les députés, a donné à la cryptomonnaie le statut de monnaie légale à partir de septembre 2021, malgré les critiques de nombreux économistes. Le bitcoin, introduit en 2009, devenait ainsi un moyen de paiement que les commerçants devaient accepter, au même titre que le dollar. L'État lançait en parallèle un portefeuille électronique public, Chivo, censé permettre à chacun de payer et de recevoir des bitcoins depuis son téléphone.

Le gouvernement mettait en avant l'inclusion financière dans un pays où une large part des habitants n'utilise pas de banque. Le FMI lui-même jugeait cet objectif important et reconnaissait que des moyens de paiement numériques comme le portefeuille Chivo pouvaient y contribuer. Le pari reposait pourtant sur un actif dont le cours varie fortement d'une semaine à l'autre, ce que rappelle le fonctionnement du bitcoin et de sa blockchain : aucune banque centrale ne le pilote.

Les mises en garde du FMI dès janvier 2022

Le FMI a averti le Salvador dès janvier 2022, à l'issue de sa consultation annuelle sur l'économie du pays. Selon le communiqué de son conseil d'administration, l'adoption d'une cryptomonnaie comme monnaie légale comporte de grands risques pour l'intégrité financière et celle des marchés, pour la stabilité financière et pour la protection des consommateurs, et peut créer des engagements cachés pour les finances publiques.

Les administrateurs du Fonds ont alors demandé aux autorités de restreindre la portée de la loi en retirant au bitcoin son statut de monnaie légale. Certains s'inquiétaient aussi du projet d'emprunts d'État adossés au bitcoin. Ils réclamaient enfin une réglementation et une surveillance strictes de l'ensemble formé par Chivo et le bitcoin. San Salvador a d'abord ignoré ces recommandations et a continué d'acheter des bitcoins pour le compte de l'État.

Pourquoi parle-t-on d'échec du bitcoin au Salvador ?

L'échec du bitcoin au Salvador se mesure d'abord dans le droit : le pays a dû renoncer à l'obligation d'accepter la cryptomonnaie pour obtenir un financement international. En décembre 2024, le FMI a annoncé un accord technique avec le gouvernement, puis son conseil d'administration a approuvé en février 2025 un programme de 40 mois au titre du mécanisme élargi de crédit. Ce soutien s'accompagne de conditions qui défont l'essentiel de la loi de 2021 :

  • l'acceptation du bitcoin par le secteur privé devient volontaire ;
  • les impôts ne se paient plus qu'en dollars américains ;
  • l'engagement du secteur public dans les activités liées au bitcoin, ses transactions et ses achats de bitcoins est limité ;
  • l'État se retire progressivement du portefeuille Chivo.

L'usage quotidien ne plaide pas davantage pour le projet. Aucune statistique publique fiable ne mesure la part des achats réglés en bitcoin dans le pays, mais l'abandon de l'obligation d'acceptation montre que le dollar est resté la monnaie des échanges, comme ailleurs où payer ses achats en bitcoin reste marginal.

Le bitcoin au Salvador en 2026 : ce qui en reste

Le bitcoin au Salvador n'a pas disparu, mais il n'a plus de caractère obligatoire. Dans son communiqué d'octobre 2026, qui conclut deux nouvelles revues du programme, le FMI indique que la majorité du capital et le contrôle de Chivo ont été transférés à un opérateur privé, et que l'exposition résiduelle du secteur public doit encore être entièrement soldée.

Le même communiqué précise qu'aucune nouvelle accumulation de bitcoins par l'État n'est prévue au-delà des dons documentés. Le Fonds a pourtant dû accorder des dérogations, car certains critères du programme portant sur l'accumulation de bitcoins n'avaient pas été respectés ; il les a acceptées en échange de mesures correctives et d'engagements renouvelés. Les priorités affichées portent désormais sur la transparence des avoirs publics en cryptoactifs et sur l'encadrement des prestataires du secteur.

Les leçons de l'expérience salvadorienne pour l'épargnant

L'expérience salvadorienne montre qu'un actif volatil fait une monnaie de paiement fragile : un salaire ou une facture libellés en bitcoin peuvent perdre une partie de leur valeur entre leur émission et leur règlement. Elle montre aussi qu'un État qui détient des cryptomonnaies expose ses finances publiques aux mouvements du marché, précisément le risque que le FMI pointait dès 2022.

Pour un particulier, la leçon vaut surtout pour la part de son épargne placée en cryptomonnaies, que les débats sur l'investissement en bitcoin à long terme présentent souvent sous un jour trop favorable. Cet article d'actualité ne remplace pas l'avis d'un conseiller en gestion de patrimoine : avant de placer en bitcoin une somme qui compte dans votre épargne, demandez-lui de chiffrer la perte que vous pouvez supporter.

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